Lettre à Mme Rachida DATI relative au droit de mourir dans la dignité

Publié le par francoise Olivier-Coupeau


        Madame la Ministre,

        Vous vous êtes récemment déclarée opposée à une loi qui légaliserait l’euthanasie active en France, après qu’une femme atteinte d’une tumeur incurable ait saisi la justice pour demander que son médecin soit autorisé à lui donner la mort.

        Croyez que je comprends vos réticences. Pour autant je ne peux les soutenir. Au-delà du cas dramatique de cette femme, il y a tant de personnes dont les souffrances physiques (et de fait bien souvent morales) ne sont plus mesurables et vous ne pouvez ignorer que la loi Leonetti – qui reste un indéniable progrès – ne leur apporte aucune réponse.

        « La médecine a d’abord pour vocation de sauver la vie »
dites-vous. Est-ce à dire qu’elle doit inlassablement faire vivre des gens qui n’ont plus la force, plus l’envie de vivre ? Est-ce à dire qu’elle doit forcer à vivre des gens pour qui la mort représenterait un soulagement ?

        « D’abord »…
c’est le terme que vous employez. Mais que faire « après », une fois que la médecine a épuisé ses ressources, fait tout ce qui était en son pouvoir. Vous me direz que les compétences s’étendent, les découvertes progressent, les traitements seront trouvés. Quand ? Pouvons-nous raisonnablement avancer ces arguments auprès des malades qui attendent déjà depuis trop longtemps ? D’un point de vue strictement éthique, pouvons-nous même leur demander de la patience sans garantie aucune que la délivrance soit un jour réelle ?

        Nous ne pouvons plus longtemps fermer les yeux sur leurs douleurs comme on ferme la porte de leur chambre d’hôpital. La souffrance est si inacceptable que nous préférons éluder cette question, laissant médecins et malades en tête à tête, sans réponse, sans cadre… Cela a conduit aux drames que vous savez, aux procès, à quelques débats sans grande envergure, presque anonymes. Mais à aucune réponse légale.

        Bien sûr il nous faudra trouver un cadre à cette euthanasie active, travailler avec des personnes compétentes et des professionnels, parfaire la loi Leonetti, la compléter, sans nous laisser envahir par l’émotion – bien légitime – que suscite ce débat.

        Il nous faut trouver des solutions légales à l’intolérable. D’autres pays l’ont fait avant nous.  Avec éthique, responsabilité et conviction. J’espère, Madame la Ministre, que la possibilité de faire évoluer ce difficile débat nous sera rapidement donnée.

        Comptant sur votre réponse, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, mes salutations distinguées.



                                                                              Françoise Olivier-Coupeau

 


 

Après la disparition assistée de Vincent Humbert, le débat sur le droit à mourir, l'euthanasie et la fin de vie a été relancée. La nécessité de légiférer sur la volonté  des patients de ne pas voir la médecine s'acharner à les maintenir dans une vie qu'ils estiment invivable, et de sécuriser le cadre juridique des personnes accédant à cette volonté s'est posée avec une acuité nouvelle.

Une mission d'information sur ces questions a été mise en place à la demande du groupe socialiste. Elle a mené un travail approfondi qui a permis l'adoption de cette loi.

Cette loi a instauré un droit au « laisser mourir », sans aller jusqu'à permettre aux médecins de pratiquer une euthanasie active. Elle visait mettre un terme à l'acharnement thérapeutique et à un développement accru des soins palliatifs. L'idée étant quand on ne peut plus agir sur le plan curatif, d'agir sur le plan palliatif en soulageant les douleurs et en respectant la dignité de la personne.

Cette loi a été adoptée à l'unanimité par le Parlement.


 


Principales dispositions de la loi Léonetti : Lire...



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Garde des Sceaux et Ministre de la Justice

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Publié dans Société

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