Lettre au Général d'armée Jacques Mignaux relatives à la réserve de la gendarmerie nationale

Publié le par Francoise Olivier-Coupeau

Françoise Olivier Coupeau

Députée du Morbihan

 

 

 

Paris, le 17 mai 2010


Général d’armée Jacques Mignaux

Directeur général de la gendarmerie nationale

Place Beauvau
75800 PARIS





Général,



Retenue par ailleurs sans possibilité de me rendre à Paris, je ne pourrai assister à votre première audition par la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée, en tant que directeur général.


Je voulais vous prier de m’en excuser.


J’aurais d’autant plus souhaité pouvoir être présente que mon attachement à l’arme et à son avenir m’aurait conduit à vous poser deux questions relatives à la réserve de la gendarmerie nationale.


La première est relativement simple. Il s’agit de vérifier auprès de vous si, comme je le crois, l’actuelle rédaction du code de procédure pénale ne permet pas aux réservistes de la gendarmerie nationale d’exercer l’ensemble des fonctions qui étaient prévues lors de la création de la qualité d’agent de police judiciaire adjoint. Auquel cas, le ministère de l’intérieur envisage-t-il de proposer une adaptation des textes en vigueur ou bien les missions et responsabilités des réservistes de la gendarmerie nationale seront-elles revues à la baisse en matière judiciaire ?


La seconde question a trait aux conceptions de la direction générale en matière de formation des officiers de réserve de la gendarmerie nationale.


Il semble en effet que la formation dispensée aux futurs officiers doive être amputée de l’un des trois stages qui la composent actuellement. Par malchance il semble que le stage qui doive disparaître soit justement celui qui se tenait jusqu’alors à l’école des officiers de la gendarmerie nationale de Melun. Si tel était le cas, il faudrait s’interroger sur la force négative d’un tel symbole.


Il ne m’appartient pas de juger d’une réorganisation des modalités de formations des élèves officiers de l’arme. En revanche, accréditer la double idée que leur formation est une variable d’ajustement et que de surcroît, ils ne sont pas de véritables officiers va à l’encontre d’une tradition aussi vieille que la République.


Sans remonter aux lendemains de la défaite de 1870, il faut néanmoins constater que la conception nationale du rôle et du statut du réserviste est bien que c'est un militaire comme les autres, mais à temps partiel. Ainsi, un militaire de réserve appartient d’abord à une catégorie – au même titre que le personnel d’active - et il est ensuite réserviste. Exclure symboliquement les élèves officiers de réserve du creuset que représente l’EOGN revient donc à créer deux nouvelles catégories de militaires : l’active qui a en son sein trois catégories et la réserve qui a aussi trois catégories en son sein, mais qui ne peuvent en aucun cas être comparées à celles d’active.

Une telle lecture me paraît contrevenir gravement à l’esprit qui fonde et légitime l’existence même des réserves militaires.


Il y a donc tout lieu de craindre quelques effets négatifs de la suppression du passage des stagiaires à Melun. Le moindre n’étant pas de mettre en exergue une forme de hiatus entre, d’une part, un discours du commandement forcément mobilisateur et fortement incitatif quant à l’importance des réserves et de ceux qui font le choix d’accéder à l’épaulette et, d’autre part, une pratique qui relèguerait les réservistes dans une catégorie mal définie de militaires de circonstance.


Comme vous l’aurez compris, je suis particulièrement attachée à ce que les futurs officiers de gendarmerie continuent d’être formés partiellement à Melun, tout comme suis extrêmement attachée à ce que les promotions soit baptisées. Au-delà d’une réminiscence folklorique, j’y vois le respect dû par l’arme à ceux qui s’engagent auprès d’elle sans y être obligés et sans gagner leur vie ainsi. J’y vois aussi une condition nécessaire pour maintenir au niveau de l’excellence un outil de formation qui s’avèrerait essentiel dans un avenir plus troublé qu’aujourd’hui.


Je souhaite donc connaître les intentions de la DGGN sur ces points particuliers.


Je vous prie d'agréer, Général, l’expression de ma haute considération.





Publié dans Défense nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article