Une sanction qui en dit long !

Publié le par Francoise Olivier-Coupeau

Le chef d'escadron Matelly vient d'être radié des cadres de la gendarmerie nationale par le Président de la République.

Son forfait ? Avoir co-signé, en tant que chercheur au CNRS, un texte critique à l'égard du projet de loi de rapprochement de la Gendarmerie et de la Police débattu et voté au Parlement en août 2009.

Un gendarme peut-il critiquer publiquement le gouvernement et sa hierarchie ? En principe non, car les gendarmes sont des militaires et sont soumis à un devoir de réserve .

Même si cette obligation est aujourd'hui contestée, notamment sur le forum « gendarmes et citoyens », et si elle induit la question de la cohabitation au sein du Ministère de l'Intérieur de policiers syndiqués et de gendarmes soumis à l'obligation de reserve la plus drastique, l'on peut admettre qu'en l'état de la réglementation militaire, le gendarme Matelly ait été sanctionné.

Ce qui est choquant, c'est la nature de la sanction : le Chef d'escadron Matelly se voit frapper par la sanction la plus lourde et sans doute la plus dégradante pour un militaire, le renvoi de l'armée.
 
Cette mesure apparaît aussi disproportionnée qu'inquiétante.
 
Disproportionnée, puisque c'est la première fois qu'un gendarme est radié selon une procédure réservée normalement aux gendarmes délinquants ou corrompus. En des temps pourtant plus mouvementés,  le Général de la Bollardière s'était vu infliger deux mois de forteresse pour avoir critiqué l'usage de la torture en Algérie, mais n'avait pas été radié.

Inquiétante car la radiation vient aujourd'hui sanctionner un délit d'opinion. Jean Hugues Matelly, dans l'article incriminé, exprimait  ses craintes pour l'avenir de la gendarmerie . Nous avons tenu des propos similaires durant tout le débat sur le rapprochement gendarmerie -police, dénonçant un processus qui finira inéluctablement à la fusion et à la perte du statut militaire de la gendarmerie.

La LOPPSI 2 qui vient d'être votée en première lecture à l'Assemblée nationale et les suppressions  de brigades , voires d'escadrons, ne peuvent  que confirmer nos inquiétudes .

Alors, Nicolas Sarkozy a-t-il voulu faire un exemple à travers la sanction du chef d'escadron Matelly ? A-t-il voulu signifier aux gendarmes qu'il n'entend laisser aucun espace à leur  liberté d'expression ? A-t-il tout simplement voulu mettre un terme à tout débat dans un corps qui vit très mal son rapprochement forcé avec la Police?

Plus que tout, le Président de la République, politiquement débordé et qui prouve tous les jours son incapacité à résoudre les problèmes de sécurité dans notre pays, entend-il marginaliser une bonne fois pour toute ceux pour lesquels il n'a jamais eu aucune estime : les gendarmes, force militaire au service de l'Etat en qui les Français ont confiance.

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